Contrairement à ce que pensent quelques inaptes sociaux, écrasant de leur bourrelets vergetés les petits fauteuils IKEA qui les soutiennent péniblement, le dernier album des Daft Punk ne porte pas le nom de barrettes de mémoire vive. Non, ce sont les barrettes de mémoire vive qui portent le nom du dernier album des Daft Punk. Random Access Memories, puisque c'est ainsi que le duo divin a jugé nécessaire de baptiser son dernier miracle, n'est pas encore dans les bacs sur Spotify que, fidèle à sa réputation d'excellence, UMDB vous en livre déjà une review détaillée.
Je vois d'ici votre réaction -- telle que mon ami Jean me l'avait prédite hier lorsque nous discutions près de La Fontaine --, ne vous sentant plus de joie, criant haro sur l'âne que je suis, m'invitant peut-être même à imiter la danse des cigales de ma Provence d'origine au lieu de perdre mon temps à publier la critique d'un album sur un blog de critiques de films. Et bien sachez que l'on rencontre sa destinée souvent par les chemins que l'on prend pour l'éviter, et que finalement cette critique musicale sera très graphique. Peu convaincu ? Rappelez-vous qu'en toute chose, il faut considérer la fin et que la douleur est toujours moins forte que la plainte. Mais revenons à nos moutons, et je vous épargnerai le cochon et la chèvre.
Si je parle autant d'animaux, ce n'est pas tant pour mettre en valeur les inclinations zoophiles de mon colocataire parisien que pour évoquer la puissance bestiale qui se dégage des premières notes de cet opus tant attendu. Ses auteurs ont d'ailleurs vu juste en dévoilant en avant-première les treize odes à la vie qu'il contient lors d'un salon de l'agriculture australien. Folie ? Non, ce sont les Daaaft ! On disait de Sparte qu'elle n'avait pour muraille que les pectoraux de ses citoyens pour la défendre des attaques adverses ; on dira désormais de Random Access Memories que l'intensité de son beat, reléguant n'importe quel VU-mètre au rang de vulgaire ventilateur acheté en promo chez Darty, suffit à annihiler, d'une oscillation de membrane de subwoofer, les fous espoirs de critiques rageusement négatives.
Au sommet de leur art, qu'ils concrétisent d'un éclair de génie fendant le ciel d'une nuit d'été, les deux Daft bouleversent les normes, effacent d'un revers de main gantée les ridicules tentatives "musicales" des Justin Bieber et autres Beataucue, et vont même jusqu'à se mettre au service de leur mythiques mixes : ils n'ont plus de nom, plus de visage, il ne parlent plus et ne jouent même plus en public. Pourtant, Daft Punk demeure le vaisseau amiral de la french touch, incarnant d'une manière autrement plus efficace le made in France qu'un ministre écervelé en marinière. Les pistes de Random Access Memories, rappelant à notre bon souvenir le meilleur des années disco, défilent aussi vite que le temps de la jeunesse et de l'insouciance : c'est inéluctable, imparable, envoûtant.
Trop tôt, la pointe diamant trouve la sortie du labyrinthe gravé dans le vinyle. Le rêve s'échappe. Des souvenirs aléatoires que l'on nous avait promis, le plus indélébile sera certainement l'auréole incrustée dans ses sous-vêtements, preuve de l'orgasme auditif que les deux papes du groove viennent de nous offrir.

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