Regarder Twilight et Titanic revient à peu près à la même chose : dès les premières images, on sait déjà qu’on va toucher le fond. Pourtant, tout le monde pense que James Cameron est un génie et que Bill Condon1 est l’inventeur du préservatif. Pourquoi une telle dichotomie ? Pourquoi les filles pleurent-elles en regardant Twilight ? Pourquoi faut-il absolument aller voir Twilight 4 « Breaking Dawn » partie 2 ?
Avant de répondre à ces questions, dont la légitimité n’a d’égale que l’objectivité de cet article, je tiens à préciser que si ce dernier se concentre sur la deuxième partie du quatrième épisode de la saga pour prépubères, il s’applique également à l’intégralité des opus pour des raisons de compatibilité ascendante. Une étude superficielle, que je laisse à la perspicacité du lecteur, montre en effet facilement que chaque itération de la tétralogie préférée des pucelles n’est autre que le film précédent, agrémenté de quelques nouveautés, censées justifier les scandaleuses royalties versées à son créateur. S. Meyer, puisque tel est son nom, véritable J.K. Rowling des temps modernes, est d’ailleurs rapidement devenue l’icône mormone d’une génération de puritaines sentimentales, frustrée d’être née à l’époque du déclin de Walt Disney, de n’avoir connu ni les pokémons ni les minikeums et dont les mièvreries chroniques l’empêche de voir en l’œuvre de Tolkien, Jules Vernes ou le plus accessible Harry Potter les saines lectures qu’elle mérite.
Vous ne m’en voudrez donc pas de parler d’une « mise à jour » plutôt que de réel nouveau film ; ses promoteurs, à l’instar des producteurs du dimanche ayant tenté de copier maladroitement l’insolente profondeur des sagas qui méritent d’en être – Star Wars, Alien, The Lord of the Rings, je pense à vous ! –, n’ont même pas réellement tenté de flatter notre Über-Ich freudien : le titre original, Twilight v4.2 (code name: Breaking Dawn), transpire encore à travers l’intitulé définitif, choisi par un stagiaire dans un couloir de Summit Entertainment – le peu d’honneur qu’il restait à Warner et 20th Century Fox les avaient empêchés de financer cet ambitieux projet de formatage de la jeunesse occidentale2.
N’ayant ni lu le script de ce futur blockbuster et aimant à groupies en chaleur – et pourtant, il est là, devant moi, avec sur sa couverture une Dame blanche et un pion rouge, comme pour faire croire aux parents que la lecture de ce torchon apportera autant à leur progéniture qu’une partie d’échecs – ni assisté à une projection sous haute surveillance des premiers rushes du tournage dans le Cullen Ranch – qui n’a ni la classe ni l’envergure du Skywalker Ranch et dont le nom sonne comme un mot allemand guttural qui voudrait dire « pigeon » – je suis en mesure de vous dévoiler les principales nouveautés de la dernière version de Twilight. Vous vous souvenez certainement des incroyables changements apportés dans la version 4.1 : Kristin Stewart plus dénudée qu’à l’accoutumée, la fin de l’abstinence pour les deux tourterelles3 ainsi que la scène finale, dans laquelle, à défaut d’avoir pu profiter de la situation inverse, Edward suce sa belle pour la sauver d’une mort qui aurait soulagé tout le monde. Pourquoi des revirements aussi radicaux ? Nous savons désormais de source sûre que c’est l’église mormone elle-même qui a expliqué à Meyer que pour leur assurer la conquête du monde, il ne fallait pas brusquer les midinettes et les hormones qui commencent à les chatouiller en leur présentant une morale trop rigide, et qu’il était temps, après quatre épisodes, que le bel Edward plante une fois pour toute son croc dans la peau tendre et immaculée de Bella.
Bel exemple d’ailleurs pour la jeunesse que cette Bella, fille pas très canon désobéissant à son père, adoptant des conduites à risque, vivant dans l’excès constant et prête à tout pour s’acoquiner avec un mort-vivant insipide à la belle gueule alors qu’elle explique certainement tous les jours à ses amis trop entreprenants et moins gâtés par la nature que le physique compte moins que la personnalité.
Pour la petite histoire, c’est une Stéphanie Meyer pleurant toutes les larmes de son corps dans un bar satanique de l’Utah qui nous a confié qu’elle avait été extrêmement choquée par l’intensité et la violence des scènes de sexe du script original du film – la pauvre n’est pas habituée : son mari polygame, qui pense aussi que seul le physique compte, mais qui lui l’avoue, ne doit pas si bien la connaitre4 que ça, et on le comprend. En découle cette scène édulcorée, incroyablement habile et manipulatrice, où le vampire le plus désiré de la planète, emporté par la fougue de sa jeunesse relative et l’ardeur du désir accumulé le temps des trois tomes précédents, casse une planche du pauvre lit à baldaquin, support de leurs ébats, qui n’avait clairement rien demandé.
Fade out, rien à voir. Fade in sur une chambre qui ressemble au Bagdad de la bonne époque. Rires dans la salle, vous venez de vous faire entuber : vous pensez, incrédule, avoir vu du sexe dans Twilight, mais il ne faut pas se leurrer : dire qu’il a été suggéré serait une grossière exagération. Il faudra vous contenter d’une Bella que le dépucelage n’a pas rendu moins niaise, couverte d’ecchymoses et enceinte. Si vous n’avez pas conscience de ce qui vient de se produire, rappelez-vous que l’écrivain de Twilight fait partie d’une secte influente qui interdit le sexe avant le mariage. Sous couvert d’un mélodrame occidental, c’est une tranche d’âge entière qui vient de voir qu'il faut attendre l’homme qui la mettra à la cuisine avant de s'abandonner aux plaisirs de la chair.
Mais j’avais promis de vous dévoiler les nouveautés de Twilight 4.2. Je vais les résumer en deux mots : « trente euros ». C’est la somme moyenne que la fille que vous avez peut-être dépensera pour cette nouvelle version de Twilight : 14€ pour le poster grand format de Jacob (bizarrement, j’ai l’impression que l’idole des spectatrices écervelées reste le type frustré, poilu comme un singe, qui ne se tape jamais la fille de ses rêves. Comme quoi, retirer son polo dix fois par film, ça finit par payer), 7€ pour la place de cinéma, tarif étudiant, chez Pathé, 7€ pour la deuxième place de cinéma (« il était mais genre trop cool, quoi ! ») et 2€ le ticket de bus pour aller chercher une pilule du lendemain dans une pharmacie où personne ne connait ses parents ; les capotes, c’est trop cher, et de toute façon, Edward et Bella n’en utilisent pas. Mais voyez le bon côté des choses, ça vous coutera toujours moins cher que la mise à jour de votre Mac, pour le même nombre de nouvelles fonctionnalités.
Vous l’aurez compris, la nouveauté ne se situera pas dans cet opus à la mièvrerie pestilentielle. La nouveauté, ce sera vous. Vous qui, je l’espère, aborderez ce film en gardant à l’esprit cette simple constatation : les mormons prônent l’abstinence sexuelle, interdisent le préservatif et bannissent l’avortement. Edward et Bella, les deux icônes de vos enfants, couchent ensemble trois ans après leur rencontre (Twilight, publié en 2005 et Breaking Dawn, publié en 2008), n’utilisent pas de préservatifs lors de leur premier ébat, et n’avortent pas.
Passé ce qui restera pour moi un constat absolument pas orienté, mon avis est finalement assez simple :
Aux parents responsables : n’emmenez pas vos enfants voir Twilight. Montrez-leur Titanic, autrement plus efficace : il ne faut qu’une heure à Kate Winslet, bien plus canon, pour se déshabiller et pas beaucoup plus pour s’offrir à son amant dans une voiture. Voiture qui reste d'ailleurs intacte (dans un premier temps, tout du moins…), la belle s'en sortant énamourée, sans le moindre hématome (dans un premier temps, tout du moins…).
Et aux membres de « l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours » : je vous vois.
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1 Bill Condon : le réalisateur de Breaking Dawn. Il est normal que ce nom ne vous dise rien.
2 Cette phrase grammaticalement correcte contient 117 mots. Jules Verne en était capable. Les enfants de la génération Twilight, n'en seront probablement jamais.
3 Ceci n’est pas un lapsus.
4 Au sens biblique du terme. Hey, what did you expect?
Même pour me marrer j'ai pas du tout envie de voir ne serait-ce qu'un opus, jsuis pas fou non plus :p
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