S’il est un fait avéré parmi tant d’autres, c’est que le hype autour des films français n’est pas forcément une bonne chose. Cela permet certes de découvrir parfois de petits chef d’oeuvres comme Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, mais il arrive également que l’on se retrouve sans trop savoir pourquoi assis devant des déchets du calibre de Bienvenue chez les Ch’tis simplement parce que l’on a voulu suivre la masse populaire et faire comme tout le monde. Bien évidemment, ne pas succomber à cette tentation signifie souvent se marginaliser dans une société qui vous rejette alors parce que vous dénotez d’un manque flagrant de culture cinématographique. Si le prix pour ne pas perdre quelques heures de sa vie à se faire chier pendant qu’une salle entière de moutons se marre devant un humoriste aux grandes oreilles peut sembler exorbitant, je m’y suis résolu sans trop de problème il y a quelques temps déjà. C’est pourquoi je boude systématiquement toutes les productions de notre beau pays qui font le journal de vingt heures.
Le dernier en date, The Artist, semblait pourtant se démarquer de ces films humoristiques de bas étages qui se complaisent bien trop souvent dans la caricature d’une caste de notre société dont il est facile de se moquer. Pas de belges à l’horizon, pas de blagues potaches, c’est à dire vrai au départ tout l’inverse d’un film censé attirer du monde. Seule la présence de Jean Dujardin au casting pouvait laisser un peu d’espoir aux producteurs de générer une rentrée substantielle d’argent. Comment se fait-il alors que The Artist, non content d’être un carton au box office, se paye le luxe d’obtenir César et Oscar à la pelle ? Je profite d’ailleurs de cette question pour faire un petit aparté sur un sujet qui me taraude depuis longtemps : comment se fait-il que les récompenses attribuées au septième art aient des noms canins, aussi bien ici qu’outre-Atlantique ?
Revenons-en donc à nos moutons et essayons d’analyser ce qui a pu faire le succès de The Artist. L’attrait principal du film n’est autre que ses dialogues, ou plutôt leur notable absence. Cette particularité majeure permet d’éviter l’écueil d’une VF souvent bourrée de fautes de traduction afin de coller au mieux aux mouvements labiaux des acteurs, mais également de s’affranchir de sous-titres qui accaparent l’esprit du spectateur et l’empêchent de profiter pleinement de ce qu’il se passe à l’écran. Sergio Leone l’avait bien compris en se concentrant dans ses productions sur de longs silences qui donnaient tout leur sens à l’action. La première scène de Il était une fois dans l’ouest est peut-être le meilleur exemple que l’on puisse donner à ce propos, puisque l’absence quasi-totale de paroles pendant une dizaine de minutes permet de projeter au mieux le public dans le pesant sentiment d’attente d’un élément déclencheur du reste des événements.
Plus que cela, Michel Hazanavicius se permet avec The Artist un retour aux sources même du cinéma tel qu’il l’était dans la première moitié du vingtième siècle. Son film prend alors immédiatement un aspect universel, comme l’étaient ceux de Charlie Chaplin en son temps. Il permet plusieurs niveaux de lecture selon l’interprétation du spectateur et n’enferme aucune scène dans un contexte défini en faisant dire à ses acteurs ce qu’il veut faire passer. Chacun est alors libre de comprendre le film comme il le souhaite, que ce soit comme un hommage du cinéma hollywoodien d’après guerre ou plutôt comme une satire de ce milieu où l’excès est roi. Si ce double sens de lecture donne une saveur toute particulière à The Artist et est en grande partie la raison de son succès, il ne faut pas non plus oublier le magistral jeu d’artiste de Jean Dujardin et de sa compagne à l’écran, qui réussissent à exprimer sans jamais dire un mot un panel incroyable de sentiments. On avait presque oublié à quel point le visage humain pouvait retranscrire d’innombrables émotions et le duo d’acteurs se fait un plaisir de nous le rappeler. Attendrissants, amusants et parfois touchants, ils arrivent simplement grâce à leurs mimiques à nous envahir de sentiments contradictoires et à nous faire passer du rire aux larmes sans aucune difficultés.
Enfin, et pour clôturer cette analyse on ne peut plus complète, The Artist surfe allègrement sur la vague de la nostalgie. A l’heure où rien ne va plus dans ce monde qui part en morceaux, il faut avouer qu’il est tentant de retourner l’espace de quelques instants dans le passé et la l’allégresse de l’après guerre. On ressort donc des salles obscures avec un petit sourire au lèvre, mais le retour à la réalité est tellement dur que l’on a qu’une seule envie : retourner dans ce monde muet et finalement beaucoup plus beau que le notre.
Etant donné le bruit qu'il a fait (haha), faudrait que je songe à le mater aussi
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